Rodrigo Garcia

Rodrigo Garcia

« J’ai bien vu que quand on propose un discours commun, facilement admissible et consensuel, il ne se passe strictement rien, et les gens continuent de se comporter comme des merdes.
-Rodrigo Garcia, Entretien avec Bruno Tackels

 Rodrigo Garcia est un homme de théâtre hispano-argentin, né à Buenos Aires en 1964. Son père était boucher et sa mère, marchande de légumes, faits intéressants à noter lorsqu’on connaît la place prédominante qu’occupent la nourriture et l’animal au sein de sa dramaturgie. En grandissant, Garcia témoigne d’un intérêt marqué pour le théâtre, mais ses parents, jugeant cette voie sans avenir, l’incitent plutôt à étudier en communication. Parallèlement à ses études et à son travail de publiciste, Garcia continue à fréquenter les théâtres. Il suit également des cours de théâtre à Buenos Aires, au Nuovo Teatro, mais le style d’enseignement et l’approche du jeu d’acteur inspirés de la technique stanislavskienne lui déplaisent. Garcia abandonne ses leçons et décide de poursuivre son apprentissage du théâtre et des arts par lui-même, au contact du travail d’auteurs, de metteurs en scène et de plasticiens tels que Tadeusz Kantor, Harold Pinter, Samuel Beckett, Heiner Müller, Luis Buñuel, Eugène Ionesco, Fransisco Goya, Bill Viola, Bruce Nauman et Eduardo Pavlovsky.

En 1986, devant la situation économique et politique instable qui sévit en Argentine, Rodrigo Garcia immigre en Espagne. C’est là-bas, à Madrid, qu’il décide d’abandonner le domaine de la publicité pour se consacrer entièrement au théâtre. Il n’en reste pas moins que c’est à travers la publicité qu’il a découvert l’impact des slogans et des formules courtes et accrocheuses sur les individus. D’ailleurs, dans ses spectacles, Garcia emprunte aux fondements du vocabulaire et de l’esthétique publicitaires ; il s’approprie et détourne cette syntaxe et cette logique de propagande marchande pour mieux dénoncer, déconstruire et mettre à nu la mécanique de ce système de manipulation des masses et d’incitation à la consommation excessive.

C’est en 1989 que Rodrigo Garcia fonde la compagnie Carniceria Teatro, avec laquelle il s’amuse à accomplir une « mise en pièces du théâtre conventionnel ». Avec le plasticien Carlos Marquerie, il cherche à ouvrir le dialogue avec d’autres pratiques artistiques en scène telles que la vidéo, la performance et les arts plastiques. Entre 2000 et 2009, Garcia crée des spectacles et publie des textes qui lui vaudront sa renommée internationale, parmi ceux-ci, citons : Notes de cuisine, After Sun, L’avantage avec les animaux, J’ai acheté une pelle à Ikea pour creuser ma tombe, L’histoire de Ronald le clown de chez McDonald’s, Et balancez mes cendres sur Mickey. Le théâtre de cette époque s’élabore autour des problématiques de la mondialisation, la surconsommation, le désenchantement des sociétés occidentales contemporaines, l’aliénation de l’individu face aux structures post-industrielles et l’écartèlement culturel entre le noble et le bas, l’élégant et le vulgaire, le mythe et le trivial, le populaire et le canonique. Le Carniceria Teatro prône l’éclatement des conventions théâtrales traditionnelles et une approche performative du jeu d’acteur. En effet, les pièces de Garcia ne présentent pas de fables linéaires et les acteurs ne se cachent pas derrière le masque d’un personnage ; pour reprendre les termes de Bruno Tackels, on nous présente « […] des personnes en lutte avec ce qui d’habitude est au service de l’homme, la nourriture, les biens de consommation et tout ce qui dicte nos conduites de moins en moins humaines, de plus en plus. » (Bruno Tackels. Rodrigo Garcia. Les Solitaires Intempestifs, p. 51-52) .

L’ensemble de la dramaturgie garcienne s’articule autour de la dégradation des quatre biens les plus fondamentaux et précieux du genre humain : le corps, l’animal, la nourriture et l’enfance. Autour de ces grands thèmes, il développe une écriture scénique à la fois caressante, transgressive et incisive ; son théâtre s’écartèle entre le ravissement poétique, la violence, les réflexions philosophiques et la monstruosité.

En 2009, Rodrigo Garcia reçoit le Prix Europe pour le théâtre Nouvelle Réalité.

Ce texte a été rédigé par Andréane Roy, conseillère dramaturgique à la création de « Et quand vient le silence » en 2014

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